Souffrance au travail: Le déni

LUTTE CONTRE LA SOUFFRANCE AU TRAVAIL, UNE PRIORITÉ ?

LE SÉNAT ENTERRE UN RAPPORT POURTANT ÉCLAIRANT

Le 4 février 2026, La mission d’information du Sénat sur le thème, « La souffrance psychique au travail : un défi sociétal et collectif à relever«  avait tenu sa réunion constitutive.

Elle allait poursuivre ses travaux pendant plusieurs mois en menant de nombreuses auditions réunissant successivement des chercheurs, avocat, médecins, représentants d’organisations syndicales, patronales, entreprises et administrations ainsi Jean-Pierre FARANDOU, ministre du travail et des solidarités, qui allaient aboutir à la rédaction d’un rapport accompagné de 39 recommandations.

SUD INTÉRIEUR a suivi les travaux de cette mission d’information, ce qui lui permet d’affirmer qu’ils ont été remarquables tant ils ont permis une objectivation des causes profondes d’un phénomène déjà parfaitement documenté, y compris sur sa partie ‘’ aggravation’’ (1).

Sauf que le 8 juillet 2026, le vote majoritaire négatif de la majorité sénatoriale de la mission empêchait la publication de ce rapport de 190 pages, ‘’au grand dam’’ – justifié – de sa présidente Monique LUBIN : « Je regrette que nous en arrivions là. Je le regrette d’autant plus que nous avons été très peu nombreux à participer aux travaux de la mission d’information et que vous êtes manifestement peu nombreux à avoir lu le rapport. Je crains qu’il s’agisse d’un rejet politique et couru d’avance, ce qui est peu respectueux pour le travail qui a été réalisé. »  

Pourquoi un tel blocage ?

Daprès un article publié par Le Monde le 19 juillet 2026, les élus composant cette majorité issus des groupes ‘’Les Républicains’’ (LR) et Union centriste (UC) « le trouva[ie]nt ‘’orienté’’ » (2).  

’Orienté’’ ? Un prétexte fallacieux pour refuser de vouloir pointer – ne serait-ce que comme possible – la responsabilité du système de production capitaliste et des dirigeants d’entreprises ou d’administrations dans ce phénomène destructeur.

Car, c’est bien de cela qu’il s’agissait en filigrane, tant la rapporteuse de la mission, Annick GIRARDIN, sénatrice du parti radical (PR) – et pourtant peu suspecte ‘’d’anti-patronalisme’’ primaire – dresse un réquisitoire implacable, qui reprend en définitive celui décliné par notre Union syndicale Solidaires depuis bien longtemps.

Extraits :

*« De fait, l’un des principaux facteurs de risque de burn-out est l‘intensification du travail. Un modèle de la hâte s’est diffusé dans les organisations du travail, sous la pression de la compétition internationale. Les travailleurs voient leurs performances consignées dans les moindres détails et sont parfois contraints de livrer un travail bâclé, ce qui entre en conflit direct avec leurs valeurs professionnelles. »  ;

* « L‘intensification du travail s’accompagne de changements organisationnels permanents. Les grandes réorganisations exposent les travailleurs à d’importants risques sur le plan de la santé mentale, alors qu’ils sont souvent présumés savoir et pouvoir s’adapter à ces transformations. Il en résulte, pour beaucoup de salariés, une angoisse perpétuelle face au risque de déclassement. »

LE SECTEUR PUBLIC N’EST PAS ÉPARGNÉ

Annick GIRARDIN le rappelle utilement : « Depuis le début des années 2000, des réformes de grande envergure, qui ont à la fois transformé l’action publique et réduit les effectifs, ont été élaborées sans concertation avec les agents publics. Ont ainsi suivi une dégradation des conditions de travail et une véritable remise en question du sens que les agents attribuent à leur travail. »

Pour être tout à fait précis, la transformation de l’action publique est plus ancienne, puisqu’elle a commencé à prospérer une vingtaine d’années auparavant, comme l’a précisé la docteure en psychologie Marie PEZÉ, dans son audition le 25 février 2026, relevant ses effets désastreux : « les nouvelles façons d’organiser le travail depuis les années 1980 ont profondément modifié le rapport avec la tâche à effectuer. Aux principes du taylorisme et de ses systèmes de surveillance et de contrôle se sont substitués de nouveaux dispositifs, dans les chaînes de montage comme à l’hôpital public, avec le new public management, qui, couplés aux technologies de l’information imposent une discipline aux corps comme aux esprits. Dans un contexte économique concurrentiel et mondialisé, ces technologies du numérique accroissent certes la productivité. Le temps d’un clin d’oeil, soit 350 millisecondes, un algorithme est capable d’effectuer 7 000 transactions boursières. Ceci illustre à quel point le corps humain a perdu la partie » (3).  

Une logique gestionnaire et comptable, qui a pris les noms de ‘’Révision générale des politiques publiques’’ (RGPP), ‘’Plan préfectures nouvelle génération’’ (PPNG), en passant par la création des « Secrétariats généraux communs départementaux( SGCD), sans parler de la réforme/destruction des services d’enquête de la police nationale dont les ravages – prévisibles – dénoncées dès l’origine – sont d’actualité dans le domaine actuellement très médiatisé des violences sexuelles sur mineurs.

Pour lire la suite, téléchargez le TRACT SOUFFRANCE AU TRAVAIL LE DENI